Libérez-vous de la victimisation!

Défendre une cause ou en être otage ?


Ben_Kerckx / Pixabay

Telle est la question elliptique tirée du débat de la victimisation, de la place et du rôle des victimes dans la société.

Aux âmes chargées, il est tentant d’ignorer le cri des cœurs blessés. Tant son échos retentissant, à défaut de produire la voix de la sentence, recèle le risque déclencheur d’une culpabilité étendue aux maxima, une possibilité d’ouverture du champ des responsabilités a minima. Si éprouver le sentiment ainsi évoqué ne saurait autoriser qu’on s’étonne de l’hostilité nourrie à l’encontre de ceux qu’on nomme agents d’entretien de la mémoire des victimes, comment donc jouer aux naïfs quand l’entreprise d’éveil de la mémoire se veut tout sauf des contes abstraits du lièvre et de la tortue ? Cette entreprise est perçue par certains comme étant dangereuse, elle est alors combattue dans cette perception. Et puisque l’élément lexical est tombé, le combat, en connaît-on sans stratégie, sans armes, sans arguments, sans drames et finalement sans victimes ?

La victime, un terme dont dérive la victimisation, tient un poste dont, en principe, nul ne doit rechercher la titularisation dans la durée. Et pourtant, à en croire les reflux des médias, la très à la mode victimisation serait un refuge de facile accès derrière les murs duquel les individus s’occuperaient à animer un concert permanent de lamentations. Un activisme singulièrement réduit à tenir le panonceau des battus. Autrement dit, dans la victimisation, l’auteur appelé victime renoncerait formellement à tous les leviers susceptibles d’améliorer son sort pour miser sur l’hypothétique regard consolateur de la société-juge.

Les victimes des horreurs de l’histoire, les millions de la traite des Noirs, les peuples entiers fauchés par la violence coloniale, les génocides, les déportations et les divers terrorismes ne sont pas un conte de fées, mais un statut non recherché attribué par des hommes qui ont eu pour but d’affaiblir ou d’anéantir une personne ou un groupe de personnes au motif de la seule existence.

La falsification systémique de l’histoire, elle, revient à placer volontairement l’opinion et la facticité à l’endroit des faits établis, donnant par ce tour, un contenu convenu au récit. La trajectoire du révisionnisme et de la falsification achève son expansion par l’inversion des rôles et la redistribution des postes. Elle opère par une requalification des faits historiques en faveur de son initiateur.

Si l’histoire tire sa force et sa légitimité de l’authenticité des faits dits historiques, elle est vidée de son sens dans les manœuvres de falsification et autres révisionnismes. La victimisation regardée comme un des champs possibles de conservation et d’objectivation des faits dits historiques devrait, par conséquent, éviter de glisser dans la caricature et se garder du fantasque. L’humanité appelée à un sort commun et meilleur ne saurait se plier au mépris des victimes en réduisant cyniquement les blessures et les forfaits en vétilles. C’est, me semble-t-il, en ne dupliquant plus les faits dévastateurs par voie de vengeance ou par habitude que l’avènement de ce monde meilleur devient une réalité. Il serait enfin illusoire de s’enfermer dans la cage à victimes en attendant le monde espéré qui n’advient que par les portes du changement.

C’est quand la victime se prend en main, c’est quand elle devient acteur à part entière, en proposant et en inventant les voies nouvelles qui mettent les convives à la place des victimes, c’est quand elle efface les cauchemars en élevant des rêves, quand elle transforme les beaux rêves en réalité que l’histoire avance et que l’humanité gagne. Quand il n’y aura plus que des convives, le débat sur et de la victimisation sera caduque — ouvrant la porte à un sourire.

Comme disait si bien mon cher Efuet, en “Souriant dans les épreuves” nous pouvons nous libérer de la victimisation devenant acteur de nos propres vies.

Jacques Nkoa Betené
Consultant en stratégie d’entreprise.

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